Pegasus : Le Maroc, une puissance africaine sous le feu d’une campagne médiatique orchestrée ?

Le consortium Forbidden Stories a récemment relancé une nouvelle séquence médiatique consacrée à l’affaire Pegasus. Quatre enquêtes, reprises par une quinzaine de médias internationaux, mettent en cause les services de renseignement marocains, accusés d’avoir utilisé le logiciel espion israélien contre des journalistes, des opposants politiques et diverses personnalités publiques.

Cette nouvelle offensive médiatique soulève toutefois plusieurs interrogations : Si le logiciel Pegasus a suscité l’intérêt de nombreux États à travers le monde, y compris de plusieurs pays occidentaux, dont la France, qui ont envisagé son acquisition ou étudié ses capacités, pourquoi le traitement médiatique concentre-t-il l’essentiel de ses accusations sur le seul Royaume du Maroc ?

Cette focalisation, intérêt ou stagnation apparaît d’autant plus suspicieuse que le débat sur les technologies de surveillance comme étant une problématique mondiale et non exclusivement marocaine.

La temporalité de cette publication mérite également d’être soulignée. En effet, sa diffusion intervient à l’approche de la Fête du Trône, dans un contexte où le Maroc consolide son positionnement sur le continent africain à travers une diplomatie économique et sécuritaire particulièrement active. Les grands projets structurants, notamment l’Initiative Atlantique destinée à faciliter l’accès des États du Sahel à l’océan Atlantique ainsi que le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, illustrent cette volonté d’inscrire durablement le Royaume comme un acteur majeur de l’intégration régionale et du développement africain.

Dans ce contexte, le choix éditorial consistant à concentrer l’enquête sur le Maroc, sans examiner avec la même intensité les pratiques ou les intentions d’autres États susceptibles d’avoir eu recours à des technologies comparables, interroge quant à l’équilibre du traitement journalistique. Une telle sélectivité donne le sentiment que le Royaume fait l’objet d’une attention particulière, au moment même où il affirme une stratégie africaine autonome fondée sur des partenariats Sud-Sud et une présence croissante dans les domaines économique, diplomatique et sécuritaire.

Sur le plan méthodologique, plusieurs éléments appellent également à la prudence : L’enquête repose principalement sur les déclarations d’un ancien agent des services marocains, présenté sous le pseudonyme de « Safir ». Or, l’identité de cette source demeure confidentielle et ses affirmations ne semblent pas avoir fait l’objet d’une corroboration indépendante suffisante. En matière de renseignement, où l’anonymat des sources est fréquent, la vérification croisée constitue pourtant un principe essentiel pour garantir la robustesse des conclusions.

De surcroît, les auteurs reconnaissent eux-mêmes que certains aspects importants de leur enquête, notamment les allégations relatives à l’affaire gabonaise ou à un éventuel financement émirati, n’ont pu être vérifiés de manière indépendante. De son côté, l’analyse technique réalisée par Amnesty International permet d’identifier des traces compatibles avec l’utilisation du logiciel Pegasus sur certains appareils, mais elle ne permet pas, d’attribuer de manière certaine ces opérations à un État en particulier.

Au-delà de la question technique ou méthodologique, cette nouvelle campagne médiatique s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large mais surtout africain. Depuis plusieurs années, le Maroc renforce progressivement sa capacité d’influence en Afrique, en développant des partenariats économiques, des mécanismes de coopération sécuritaire et une diplomatie proactive. Cette évolution modifie les équilibres traditionnels sur le continent et contribue à faire émerger le Royaume comme un acteur africain disposant de sa propre vision stratégique.

Dans cette perspective, les controverses récurrentes autour de Pegasus peuvent également être analysées comme révélatrices des tensions qui accompagnent l’affirmation de nouvelles puissances régionales. Plus qu’un simple débat sur les technologies de surveillance, elles illustrent la manière dont les enjeux informationnels et médiatiques participent désormais aux rapports de force internationaux. Dès lors, la question centrale ne réside pas uniquement dans l’existence d’outils de renseignement, utilisés ou envisagés par de nombreux États, mais également dans les modalités selon lesquelles certains acteurs deviennent, plus que d’autres, l’objet d’une exposition médiatique particulièrement soutenue.

Le Maroc est attaqué parce qu’il a choisi de regarder vers l’Afrique. Il y bâtit des routes, des alliances et des projets. Dès lors, ce n’est plus seulement un pays que certains regardent : c’est une force qui les inquiète.

Par le Professeur Mehdi EL KAROUANI

La rédaction 

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