“Échanger et dialoguer sur le processus de réformes pour une gouvernance plus apaisée, inclusive et redevable”. Tel était le thème de la rencontre organisée par la Coalition pour l’Observation Citoyenne des Élections au Mali (COCEM) avec les acteurs impliqués dans le processus des réformes au Mali. C’était du 23 au 24 décembre 2025, à Bamako.
Cette rencontre de deux jours de la COCEM avait pour but de faire le point sur l’état d’avancement des réformes clés sur le contenu des principaux textes (nouvelle Constitution, textes sur la réorganisation territoriale et administrative, principales innovations du nouveau Code pénal et Code de procédure pénale.), identifier les principaux défis/obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des réformes ; Faciliter un dialogue constructif et respectueux entre tous les acteurs ; Recueillir les propositions et recommandations concrètes des participants pour améliorer davantage l’inclusion dans le processus de réformes et enfin renforcer la confiance et la collaboration entre les parties prenantes, en définissant des mécanismes de suivi conjoints et des engagements partagés.
Le Mali est engagé dans un processus de réformes visant à améliorer sa gouvernance politique. Cette vision s’est traduite par la tenue de concertations majeures notamment les Assises Nationales de la Refondation (ANR) en 2021, le Dialogue Inter Malien (DIM) en 2023, les consultations des forces vives en 2025 avec des recommandations fortes pour l’avènement d’une nouvelle gouvernance plus vertueuse, inclusive, redevable et démocratique. Ces initiatives ont été traduites en document stratégique à travers entre autres le Cadre stratégique pour la Refondation de l’État et son plan d’action 2022-2031 ainsi que la Vision Mali Kura Netaasira Ka Ben San 2063 notamment la Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable (SNEDD 2024-2033).
Les réformes actuelles, souvent issues des recommandations des Assises nationales de la refondation (ANR), couvrent plusieurs domaines clés : Réformes politiques et institutionnelles : Les autorités de la Transition se sont engagées à consolider les institutions et à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. Cela inclut l’adoption d’une nouvelle Constitution et la révision de la Charte de la Transition, prolongeant le mandat des autorités actuelles et établissant un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable. Gouvernance économique et lutte contre la corruption : Un effort important est mis sur l’optimisation des ressources fiscales et la gestion transparente des finances publiques. Des audits des mines d’or en exploitation ont permis de recouvrer d’importantes recettes et de soumettre toutes les sociétés minières au code minier de 2023, dans une optique de redevabilité accrue.
Sécurité et défense : La réforme du secteur de la sécurité (RSS) est une priorité, visant à renforcer les capacités de l’armée malienne (FAMa) et à restaurer la confiance entre les forces armées et la population dans un contexte d’insécurité persistante.
Justice et services sociaux de base : L’amélioration de l’accès à la justice et aux services publics de base pour tous les citoyens est également un axe de réforme essentiel pour renforcer la cohésion nationale. De même, concernant le système judiciaire, notre pays a adopté de nouveaux textes majeurs relatifs au Code pénal et Code de procédure pénale marquant ainsi une refonde majeure pour la modernisation de la justice avec des innovations importantes notamment : la prise en charge de nouvelles infractions telles que l’esclavage, la traite des personnes, le trafic illicite de migrants ; la sanction des contraventions de simple police par une peine d’amende à l’exclusion de toute peine d’emprisonnement.
La mise en œuvre de ces réformes ambitieuses présente un certain nombre de défis notamment : le faible engagement des citoyens dans le processus de réformes ; la faible appropriation des textes majeurs (nouvelle Constitution, nouveaux textes sur la réorganisation territoriale, Charte pour la Paix et la Réconciliation nationale).
Malgré ces défis majeurs, la réussite de ces initiatives dépendra de la capacité des autorités à impliquer davantage les citoyens dans le processus de réformes.
C’est pourquoi Salia Traore, Coordinateur du projet à la COCEM a expliqué que malgré les efforts des autorités et des partenaires, la participation au processus de réformes et à l’engagement citoyen demeure faible. Pour preuve, selon le rapport d’Afrobarometer publié en 2031, seulement 26% de Maliens déclarent participer régulièrement aux réunions communautaires, et moins de 18% ont déjà pris part à un dialogue avec un élu local. De plus, les personnes vivant avec un handicap (PVH) et les Personnes Déplacées Internes (PDI) sont quasi absentes des dispositifs participatifs (majoritairement sous représentés dans les instances de prise de décision). Quant aux jeunes (qui représentent plus de 50% de la population), ils restent sous-représentés dans les espaces décisionnels. Enfin, les femmes ne représentent que 12,7% des élus locaux malgré la loi 052 de 2015 imposant un quota de 30%. Ce déficit de participation contribue à la méfiance envers les institutions, à la faible appropriation des réformes et à la propagation de fausses informations. C’est dans ce contexte que la Coalition pour l’Observation Citoyenne des Élections au Mali (COCEM), avec le soutien technique et financier du Fonds d’Appui aux Moteurs du Changement (FAMOC II) a initié une rencontre d’échanges et de dialogue entre les acteurs impliqués dans le processus de réformes pour une gouvernance plus apaisée, inclusive et redevable.
Jean J Konaté
